J’aime Chelles et ses cressonnières,
Et le doux tic-tac des moulins
Et des coeurs, autour des meunières ;
Quant aux blancs meuniers, je les plains.
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Les meunières aussi sont blanches ;
C’est pourquoi je vais là souvent
MĂŞler ma rĂŞverie aux branches
Des aulnes qui tremblent au vent.
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J’ai l’air d’un pèlerin ; les filles
Me parlent, gardant leur troupeau ;
Je ris, j’ai parfois des coquilles
Avec des fleurs, sur mon chapeau.
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Quand j’arrive avec mon caniche,
Chelles, bourg dévot et coquet,
Croit voir passer, fuyant leur niche,
Saint Roch, et son chien saint Roquet.
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Ces effets de ma silhouette
M’occupent peu ; je vais marchant,
Tâchant de prendre à l’alouette
Une ou deux strophes de son chant.
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J’admire les papillons frêles
Dans les ronces du vieux castel ;
Je ne touche point Ă leurs ailes.
Un papillon est un pastel.
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Je suis un fou qui semble un sage.
J’emplis, assis dans le printemps,
Du grand trouble du paysage
Mes yeux vaguement éclatants.
Â
Ô belle meunière de Chelles,
Le songeur te guette effaré
Quand tu montes à tes échelles,
Sûre de ton bas bien tiré.